08 octobre 2006

Starac-cident de parcours

L’heure est grave au château, amis épris de voix qui déraillent et de sentiments dégoulinants ! La crise couve au château avec un déroulement déroutant de cette saison, partie sous de problématiques auspices : des candidats qui d’entrée paraissaient savoir chanter, mais affublés du charisme des huîtres du bassin d’Arcachon déversées devant les locaux de l’Ifremer, attendant sagement que le soleil ravage et assèche leur chair flasque et odorante. Alors que l’an dernier avait très exactement montré ce qu’était une saison réussie de téléréalité, cette année le schéma se trouve bouleversé, et nous risquons d’assister au triomphe d’une médiocratie non pas comme en 2005-2006 illégitime, huée, mais bien légitimée, sûre de son fait, arrogante et persuadée de son mérite…

Des Fins de la téléréalité

Je ne vais pas bassiner tout le monde avec des considérations cent fois reprises partout. Mais pour ma part, je vis arriver le Loft avec des yeux ébahis, adhérant tout de suite à un format extraordinairement vif, scénarisé tout en ayant en lui les potentialités de l’implosion. Ca a été une machine à penser l’image tout à fait utile, efficace, problématique, mettant au jour des réactions aussi bien de fascination et de répulsion révélatrices. Néanmoins, mon enthousiasme de voir ce procédé poussé à son extrême limite afin de péter le système de l’intérieur fut douché par l’échec retentissant de Gloire et Fortune qui pourtant reste pour moi l’un des grands moments de télé de ces dernières années. C’en était fait du concept, si l’homme s’était bien retourné et avait vu la machine, il avait renoncé à sortir de la caverne, préférant mollement demeurer au fond du trou.

Mais l’an dernier j’ai renoué avec ces amoures déçues, devant me coltiner quotidiennement le programme dit de variété musicale et de divertissement humain (et, y a pas à dire, l’humain est diverti, sous forme de diversion, et l’on comprend mieux les critiques qui jalonnent les siècles à l’égard du divertissement, Pascal, à force de se retourner dans sa tombe doit être en petits morceaux). Et là surprise, ça dépassait mes espérances les plus folles. Incapable de sortir du modèle par le haut, les intermittents de l’image semblaient déterminés à en sortir par le bas, en creusant toujours plus profondément par la bêtise, l’orgueil, la mesquinerie, et surtout l’absence quasi-totale de qualités dites artistiques, enfin disons simplement qu’ils étaient incapables de chanter, et pourtant c’est tout ce qu’on leur demandait. Chaque jour j’oscillais entre hilarité complète ou honte pour ces personnages malmenés par la méchante petite boîte lumineuse.

Les 120 jours (et un peu plus) de Salo (pour ne pas être grossier)

C’est au cours de cette cinquième saison de la Staracademy que s’est dessiné un schéma des plus intéressants, directement emprunté à un chef-d’œuvre de Pasolini. Trente ans après on assistait à un remake de Salo ou les 120 jours de Sodome (je passe sur Sade car c’est bien d’images dont il est question). Depuis le cadre d’abord : un château antre de tout les voyeurismes, de tous les aspects humains, mêmes les plus tabous… Puis à travers les portraits et éliminations des candidats qui semblaient suivre selon le terrible trajectoire des trois cercles successifs, mâtinés d’interludes sexuels, à l’image du film, mais évidemment pseudo sexualistation, rapports sublimés, évoqués dans la starac, constamment sous-entendus comme se déroulant dans un hors champ dont on ne nous laisser voir que la façade et entendre quelques rumeurs à peine audible.  Car l’on est bien dans un programme familiale, et la ménagère de moins de 50 ans, pas besoin de lui expliquer, suffit d’évoquer, et comme ça tout le monde est d’une certaine manière excité). Sexualité fantasmée, écran dans l’écran, ou écran de l’écran.

Mais surtout cette ce dessin rapidement révélé au gré des élimination : les trois cercles concentriques qui structurent le film comme ils rythment le programme télé. Cercle des passions, cercle de la merde, cercle du sang. Dans le comportement des candidats : enthousiasme hystérique d’abord, mesquinerie, mensonges et intrigues ensuite, affrontement frontal enfin. Dans le processus d’avancée du jeu, avec les éliminations :

- sorties des Fantômes en premier, ces candidats dont la présence semble empruntés, qui ne savent plus ce qu’ils font dans ce cadre, qui errent du lit aux salles de cours, des salles de cours au lit, ne retirant rien du lieu et n’y imprimant rien, remarquables donc par leur transparence, caractéristoique étonnante pour un programme d’images

- des Herbivores par la suite, faibles et/ou lâches principalement, présence à l’image, mais trop faibles par rapport aux autres, incapables soit de bien chanter/danser/répondre aux critères d’évaluation, soit de s’imposer dans le groupe par la force ou la nature, jouant des coudes en vain, geignant de ne pas avoir les crocs pour dévorer les autres. Catégorie la plus intéressante car elle regroupe ce premier niveau de l’incarnation, mais imparfaite. Ceux chez qui quelque chose déraille, chez qui il y a des éléments chaotiques irrécupérables malgré les efforts et tentatives des profs. Ceux qui font la « quotidienne » mais menacent le « Prime ». Ceux qui font le programme et menacent de le détruire.

- des Carnivores enfin soumis au régime de l’entre-déchirement.

Disparition des absents d’abord, des mauvais ensuite, des moins pires enfin. La logique semblait parfaite, la mécanique éprouvée. Les rôles étaient tenus par des personnages admirables, le tout dans un climat délétère, des crises constantes, une excitation (érotisation ?) permanente, une sorte d’ambiance finalement « épidermique », comme si l’image, cette pure surface prétendant sans cesse à la profondeur, s’assumait comme telle et devenait elle-même à fleur de peau.

Et au milieu de tout cela, comme chez Genet, et la parenté avec Pasolini se trouve un peu corroborée, une victime triomphante : Magalie. Extraordinaire aboutissement de cette saison, où une simple voix, désespérément en quête de désincarnation, et l’on comprend pourquoi, pas jolie, pas franchement gentille, et pas non plus formidablement douée, allait l’emporter. Tout a déjà été dit sur le sujet, mais ce qui m’a le plus frappé aura été la position que Magalie aura tenue de bout en bout de l’émission. Ancienne fan, elle le sera restée jusqu’au terme, retournant le phénomène d’identification. Là où les spectateurs aspirent à devenir comme leurs idoles, et voient dans ces candidats la potentialité de ce devenir, ils ont plébiscité celle qui refusait ce devenir et ne souhaitait que rester elle-même spectatrice. La quantité de séquences où l’on voit Magalie en train de regarder ses camarades comme si elle se trouvait toujours de l’autre côté de l’écran est considérable. Elle devint l’incarnation du spectateur dans le château, le redoublement du phénomène de voyeurisme, créant un effet de mise en abyme qui précisément est je crois la grande menace de la téléréalité. La starac 5 rejoint pour moi Gloire et Fortune, avec par différence un succès télévisuel, mais symétriquement un échec commercial retentissant pour ses acteurs, et surtout son héroïne. Mais le système avait été mis en péril, questionné, comme revisité.

Le Cercle des poètes disparus

Alors pourquoi je parle de ce truc dépassé et dont tout le monde immanquablement se fout? Certainement pour me donner bonne conscience, par une théorisation et une rationalisation sauvages, de regarder encore cette année la starac. Mais il semble bien que de la dialectique progressive qui amenait à traverser trois cercles infernaux, on soit passé au gris d’un cercle unique, mielleux et consensuel. Ainsi l’heure est grave citoyens cathodiques ! L’heure est aux changements profonds face à cette menace. Parce que ce schéma si violent, si extrême de l’an denier a bel et bien posé problème à ceux qui fabriquent ce produit, au point de le revoir de fond en comble. En même temps qu’une efficacité maximum atteinte par la mise en relief du médiocre, le programme a failli se dévorer lui-même. C’est très visible cette année, ou après une brève élimination des fantômes les plus évidents, ce sont les monstres du cercle de la merde qui sont déjà visés. Les cas les plus pathologiques, les vrais mauvais susceptibles d’apporter le déraillement à la fois nécessaire au programme et dangereux pour lui sont les uns après les autres mis au rebut. Eloïsha, vulgaire, bête et mauvaise est partie, Céline la jolie hystérique tête à claques aussi, et enfin Faustine la neuneu insupportable et incapable vient de prendre la porte. Leurs fonctions sont désavouées par le programme qui les a pourtant créées. L’année dernière, Jill, Maud ou encore Ely, équivalent lointain mais potentiels de ces candidates malheureuses étaient allé loin dans « l’aventure ». Restent, outre les Carnassiers, les Transparents rescapés dont le règne semblent se dessiner. Devant le danger d’implosion, la téléréalité se barricade, et fait le choix du médiocre terne contre celui flamboyant. Pas de vagues, pas de sexe, pas de cris. Des larmes oui, un peu d’hystérie contrôlée, des bons sentiments, pas les mauvais… L’humain filmé/enfermé se professionnalise, les fantômes s’incarnent dans des mannequins figés. Le détournement du juste milieu, de l’arêté aristotélicienne, semble être la voie de la « sagesse » qu’emprunte la téléréalité, sacrifiant toute autre voix, aussi bien le chant que le cri, aussi bien la sainte que la fée… Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron… Peut-être aurait-on dû rester là-bas…

Posté par seleniel à 15:02 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Starac-cident de parcours

  • Le syndrome de Magalie

    Dès le surlendemain de la désignation de Ségolène Royal, le journal du dimanche faisait paraître un sondage selon lequel 37% des personnes interrogées déclaraient choisir Ségolène Royal parce que c’est une femme; Loin devant toutes autres considérations. La mère Denis vedette médiatique elle aussi en son temps, aurait tout aussi bien pu faire l’affaire. Segolène c’est aussi un peu Magalie de la star academy. Rappelons-nous. La production faisait tout pour sortir Magalie de l’émission mais à chaque fois, par jeu et tout à son esprit frondeur, le public la sauvait par ses votes. Mais le public n’était pas dupe sur les qualités de la gagnante et à la fin du jeu, quand l’album fut dans les bacs, ce même public l’abandonna. Il se pourrait que Ségolène Royal soit la prochaine victime du syndrome de Magalie.
    http://pourlafranceetfroslay.over-blog.com

    Posté par Alain, 02 décembre 2006 à 11:37 | | Répondre
Nouveau commentaire